Aléa, vulnérabilité, résilience et risque sont aujourd’hui des termes très fréquemment usités pour expliquer des phénomènes et des situations de divers ordres rendant aujourd’hui assez difficile pour le profane de comprendre ce que ces notions définissent intrinsèquement. Il est ainsi nécessaire, en préambule, de proposer un éclairage sur le sens de chaque terme qui ne sont pas uniquement des synonymes (aléa et risque) ou des antonymes (vulnérabilité et résilience) mais doivent se comprendre dans leur complémentarité.
Aléa : la source du danger
Aléa et risque sont deux notions intimement liées puisque l’étude des risques a durant de nombreuses années été principalement menée à l’aune de l’analyse des aléas. Un aléa est la probabilité qu’un évènement perturbateur se produise au cours d’une période en un endroit donné. Malgré cette apparente simplicité, la notion d’aléa désigne ainsi autant les caractéristiques d’un phénomène, qu’il relève d’une inondation, d’un séisme, d’une explosion dans une usine chimique ou d’un acte terroriste par exemple, que sa probabilité de survenue et d’intensité. La notion d’aléa comporte donc une large part d’incertitude.

Vulnérabilité : l’exposition et la sensibilité d’un ou de plusieurs enjeux
La vulnérabilité rapproche l’aléa de la notion de risque puisqu’elle introduit l’idée d’exposition d’un ou de plusieurs enjeux (industrie, établissement de santé, réseau de distribution d’eau potable, poste de distribution d’électricité…) à une source de danger et/ou des capacités de réponse d’une société à un élément perturbateur. Dans cette seconde acception, la vulnérabilité devient un quasi-synonyme du concept de résilience qui, comme nous le verrons, doivent tous deux être plus compris dans un continuum que dans une opposition. En effet, dans une lecture traditionnelle silotée, la vulnérabilité renvoie à la faiblesse des sociétés ou enjeux et la résilience à leur force. Cette dichotomie apparente découle, vraisemblablement, d’une compréhension lacunaire de la notion de vulnérabilité qui est souvent restreinte à son volet biophysique sans tenir compte de ses composantes sociales et territoriales.

Résilience : la capacité d’un territoire ou d’une société à faire face
La résilience est un concept polysémique puisque né dans le champ de la physique et de la métallurgie avant de transiter en écologie pour finalement s’épanouir dans les sciences sociales. Il désigne pour la cyndinique (regroupement de toutes les sciences qui étudient les risques) la capacité d’un système (un territoire ou une société par exemple) à faire face à un événement perturbateur et à revenir à son état initial. La résilience met donc l’accent sur les capacités de résistance, d’absorption, d’adaptation et de réorganisation d’un territoire ou d’une société.
Risque : une notion composite qui intègre aléa(s), vulnérabilités et résiliences
Le risque est, en somme, le produit de ces 3 notions. Un risque est la combinaison d’un aléa qui menace la vulnérabilité d’enjeux mettant ainsi en jeu la résilience du système exposé. Il est important de relever qu’il existe un risque uniquement quand un aléa se manifeste dans un territoire où sont présents des enjeux relatifs aux sociétés humaines et à l’environnement. Pour illustrer cela, nous pouvons reprendre la célèbre maxime : « un aléa sismique en plein désert n’est pas un risque. Un séisme à San Francisco : voilà le risque majeur » ou au célèbre débat entre Rousseau et Voltaire suite au désastre de Lisbonne en 1755 qui ouvrit pour la première fois une réflexion sur la responsabilité humaine face aux périls naturels.

Bibliographie (non exhaustive)
[n. s.], 2009. La vulnérabilité territoriale : une nouvelle approche des risques en milieu urbain, Vulnérabilités urbaines au sud, Dossiers, 447. DOI : https://doi.org/10.4000/cybergeo.22022.
U. Beck, 1986. La société du risque : Sur la voie d’une autre modernité, Paris, Flammarion.
M. Borderon & S. Oliveau, 2016. Vulnérabilités sociales et changement d’échelle, Espace populations sociétés, 3. DOI : https://doi.org/10.4000/eps.7012.
S. L. Cutter, 1996. Vulnerability to environmental hazards, Progress in Human Geography, 20, 4, 529-539. DOI : https://doi.org/10.1177/030913259602000407.
A. Dauphiné & D. Provitolo, 2013. Risques et Catastrophes. Observer, spatialiser, comprendre, gérer, Paris, Armand Colin.
P. Petit, 2023. Dans l’œil du séisme, Rousseau contre Voltaire face aux catastrophes naturelles, France Culture, https://www.radiofrance.fr/franceculture/dans-l-oeil-du-seisme-rousseau-contre-voltaire-face-aux-catastrophes-naturelles-1886139.
V. November, 2007. 8. Lorsque les risques résistent aux aménagements…, in J. Lolive & O. Soubeyran, L’émergence des cosmopolitiques, Paris, La Découverte, 165-177. DOI : https://doi.org/10.3917/dec.loliv.2007.01.0165.
D. Provitolo, 2011. Resiliencery Vulnerability Notion: Looking In Another Direction To Study Complex And Systemic Risks and Disasters, How the concept of resilience is able to improve urban risk, Paris, France.
M. Reghezza-Zitt, S. Rufat, G. Djament-Tran, A. Le Blanc et S. Lhomme, 2012. What Resilience Is Not: Uses and Abuses, Environnement, Nature, Paysage, 621. DOI : https://doi.org/10.4000/cybergeo.25554.

